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L’apprentissage, un but en soi : les CLOM à l’Université de Toronto

Les cours en ligne ouverts et massifs (ou CLOM) se répandent de plus en plus sur les campus, dans tout le Canada et dans le monde entier. Les questions liées à l’apprentissage en ligne font actuellement l’objet d’une attention médiatique sans précédent et les universités de toutes les tailles commencent à réfléchir au potentiel des CLOM, ce qui soulève des questions sur l’évolution future de l’apprentissage en ligne.

À l’Université de Toronto, plus de 740 000 utilisateurs de toutes les régions du monde se sont inscrits à un CLOM. Un sondage a révélé que près de 80 pour cent des répondants avaient suivi le cours simplement par plaisir; les autres cherchaient à ajouter des crédits à leur CV. Souhaitant en savoir plus sur la manière dont cette grande université canadienne intègre les CLOM à ses programmes d’études, nous avons interrogé Laurie Harrison, directrice du bureau des stratégies de l’apprentissage en ligne de l’Université de Toronto.

CUCCIO : Commençons par cerner le sujet. Quelle importance l’Université de Toronto accorde-t-elle aux CLOM?

LH : Lorsque nous avons commencé à concevoir nos premiers CLOM, nous avions pour objectif d’étudier le contexte, d’évaluer les modèles et de faire de la recherche, mais nous voulions aussi nous ouvrir à de nouvelles possibilités et contribuer à la communauté de l’enseignement en ligne en partageant, dans le cadre de notre initiative Open UToronto, les cours offerts par certains de nos remarquables professeurs. L’idée de remplacer par des CLOM les cours de nos programmes qui débouchent sur des diplômes ne nous a jamais effleuré l’esprit et nous n’avons pas procédé à la monétisation de nos CLOM. Cela dit, certains documents conçus pour l’apprentissage en ligne sont adaptés aux fins de leur réutilisation sur le campus.

Nous collaborons avec deux partenaires différents de l’apprentissage en ligne. Nous avons commencé avec Coursera en juillet 2012 et poursuivi avec edX en février 2013. Rares sont les établissements à avoir utilisé deux plateformes en partenariat comme nous l’avons fait. Ce choix délibéré nous a permis d'évaluer les deux et de voir les différents types de pédagogies qu’elles facilitent. Nous avons maintenant 13 CLOM à diverses étapes. Certains en sont à l’étape de la conception, d’autres sont offerts actuellement et d’autres l’ont déjà été.

CUCCIO : Quels avantages pensez-vous que les CLOM peuvent vous apporter?

LH : Premièrement, les CLOM sont un moyen de mobiliser notre corps professoral et de créer une communauté de pratique axée sur la conception de cours en ligne. Ils permettent aussi d’avoir le genre de discussions que nous avons déjà avec des professeurs et d’autres cadres au sein de l’établissement concernant le point de rencontre entre l’apprentissage et la technologie. La conception de cours en ligne n’est certes pas une nouveauté, mais à cette échelle, elle l’est. Deuxièmement, les enseignants sont souvent habitués à travailler de manière indépendante, mais, compte tenu de l’ampleur de ces projets, ils tendent à rassembler des membres du personnel enseignant, du personnel technique et du personnel des bibliothèques, ce qui crée un modèle de travail d’équipe intéressant. Troisièmement, le développement du volet recherche et analyse des CLOM nous a également permis d’accélérer le renforcement de notre capacité à travailler avec des mégadonnées.

CUCCIO : Jusqu’à maintenant, à quels types d’obstacles vous êtes-vous heurtés?

LH : La plus grande difficulté pour nous est la conception des cours. Nous avons élaboré un « modèle atelier » qui sert à guider les instructeurs à toutes les étapes du processus par lequel ils déterminent leurs objectifs ainsi que les compétences, les connaissances et les attitudes qu’ils souhaitent voir leurs apprenants acquérir. Ensuite, en fonction de leurs réponses, ils sont en mesure de définir les activités qui les aideront à atteindre les objectifs. Nous avons constaté que les intéressés sont généralement peu au courant de la diversité des activités susceptibles d’être proposées dans un CLOM. Les instructeurs ne pensent souvent qu’aux questionnaires sur vidéo ou aux questionnaires à choix multiples à remplir en ligne. Cependant, parmi leurs objectifs, ils ont noté la convivialité, la participation des étudiants et le dialogue, les évaluations par les pairs et les travaux personnalisés. Nous sommes donc devenus très créatifs en ce qui a trait aux types d’activités que nous pouvons offrir.

CUCCIO : Certains avancent que la qualité et la légitimité mêmes des diplômes universitaires pourraient être compromises si les universités se mettaient à délivrer des diplômes basés sur l’obtention de crédits CLOM. Comment répondez-vous à cette objection?

LH : Nous n’avons pas l’intention d’accorder des crédits ou de délivrer des diplômes aux étudiants qui ont suivi nos CLOM. Nous voulons offrir des CLOM d’excellente qualité pour contribuer à l’apprentissage, et c’est ce que nous faisons en privilégiant l’étape de la conception.

Une idée fort répandue est que les gens veulent suivre des CLOM pour obtenir des crédits au lieu de s’inscrire aux cours offerts dans le cadre des programmes sanctionnés par un diplôme. Or, d’après ce que nous avons pu observer, nombreux sont ceux qui cherchent uniquement un moyen d’apprendre ou de se lier avec d’autres au sein d’une communauté donnée. Donc, nos CLOM ne sont pas tous basés sur des cours qui existent déjà et, pour juger de la valeur des CLOM, il faut les évaluer en fonction des objectifs des instructeurs et des apprenants.

CUCCIO : D’après vous, à quoi ressembleront les CLOM à l’avenir?

Les CLOM ont mis sur la scène la question du croisement entre technologie et apprentissage. Et l’attention médiatique a placé le dossier à l’avant-scène. Bien avant le battage médiatique, bon nombre d’établissements avaient des discussions très nourries sur le rôle de l’apprentissage en ligne et de son potentiel.

Prenons le cycle typique d’un battage médiatique. Je crois que nous avons dépassé la phase ascendante du cycle et que nous avons peut-être même franchi le point le plus bas – celui de la critique. Si, à l’étape de l’intégration, nous examinons quels aspects sont évolutifs, valables et susceptibles de répondre aux besoins des établissements et des programmes de recherche, les possibilités d’extension des programmes et la façon dont on peut toucher des gens qui pourraient ne pas avoir accès à l’apprentissage autrement – le potentiel est considérable. Les médias mettent souvent l’accent sur le négatif, mais cette vision des choses ne cadre pas du tout avec le contenu des discussions que nous avons avec ceux qui travaillent dans le domaine de l’apprentissage en ligne. Pour nous, il ne s’agit que d’une dimension d’un long processus d’examen et d’élaboration de stratégies d’apprentissage en ligne.

Nous organisons, le 28 avril, un symposium de recherche sur les CLOM. Cinq exposés seront donnés par des chercheurs d’horizons divers qui appartiennent à la « CLOMosphère », comme nous l’avons baptisée. Ces travaux correspondent à notre mandat en recherche et aux divers aspects de notre mission.

Les CLOM sont d’excellents facilitateurs de la collaboration. Aucun intervenant ne peut, à lui seul, prendre en charge un CLOM. Il faut réfléchir aux buts, c'est-à-dire déterminer les objectifs de ses instructeurs, de ses responsables des programmes, de son établissement et des apprenants. Et nous le savons, cela ne s’applique pas uniquement aux CLOM. Ce que l’on peut apprendre grâce aux CLOM est, de toute évidence, transférable.

Pour lire un rapport complet sur la première année d’activité relative aux CLOM à l’Université de Toronto, cliquer ici.

Pour consulter l’offre de CLOM de l’Université de Toronto, cliquer ici pour la plateforme Coursera ou ici pour la plateforme edX.