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I comme dans Information

Au cours des dix prochaines années, les répercussions des progrès technologiques sur l’enseignement et l’apprentissage se feront de plus en plus complexes, un phénomène auquel les TI dans l’enseignement supérieur canadien n’échapperont pas.

Pour mieux comprendre le rôle du vice-recteur à l'enseignement et à la recherche (Provost) – gestionnaire universitaire de haut niveau sur le campus – dans la prise de décisions en matière de TI, nous avons parlé à Alan Harrison, Provost and Vice-Principal, Academic, Université Queen’s et à Jonathan Driver, Provost and Vice-President, Academic, Université Simon Fraser.

L’impact de l’innovation sur l’enseignement et l’apprentissage

Le vice-recteur a notamment pour mandat de garantir un milieu universitaire optimal pour l'enseignement, l'apprentissage et la recherche. À cette fin, MM. Harrison et Driver, tous deux titulaires de doctorat, s’accordent pour dire que la technologie contribue à redéfinir la formation universitaire – la transformer en déterminant comment la technologie entre en jeu.

Il convient tout d’abord de se demander comment les utilisateurs intègrent la technologie dans leurs modes de vie.

« Lorsque nous avons sondé nos étudiants à ce sujet, il est apparu qu’ils avaient en moyenne deux appareils mobiles et demi. En fait, ils s'attendent de plus en plus à pouvoir accéder à des renseignements sur leurs cours et communiquer avec les professeurs et d’autres étudiants, de n'importe où et à tout moment, mentionne M. Driver. Bien que les universités aient tendance à s’organiser en fonction d’heures et de jours particuliers, ce n'est vraiment pas le cas des étudiants. Ils sont branchés 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Ils aimeraient pouvoir accéder à du matériel de cours pendant 30 minutes dans l’autobus, puis une autre demi-heure après le souper avant de s’installer devant le téléviseur. »

On peut se demander si la technologie a un effet encore plus transformateur sur ce que représente le partage de l’information, l’enseignement et l’apprentissage.

« Actuellement, nous assistons à l'élargissement de ce que signifie avoir une formation universitaire, déclare M. Harrison. Quand j’ai fait mes études, tout était centré sur le contenu. Aujourd’hui, le contenu est un élément parmi tant d’autres, tous axés sur le développement des compétences. Ceux qui ont tendance à prendre le contre-pied de cet élargissement sont, eux-mêmes, des spécialistes du contenu. »

« En fait, l’idée est qu’il n’est plus nécessaire de donner des cours magistraux pour transmettre l'information, ajoute M. Driver. Les cours peuvent se donner en ligne, ce qui, du coup, libère les professeurs et leur permet de passer à autre chose. »

Le processus de consultation

Comme l’ont mentionné de nombreux dirigeants de l’enseignement supérieur, il est fondamental d'aborder la question des services TI du point de vue de l’institution en général – en veillant à faire participer toutes les hautes directions appropriées – ce qui est essentiel à l’implantation et à l’adoption réussies des produits et services TI.

Comme l'explique M. Harrison, Queen’s a mis au point un processus de consultation technologique qui a permis à l’institution de transformer sa conception de la budgétisation dans l’ensemble des départements.

« L’implantation de PeopleSoft nous permet d’accomplir des choses que nous n'aurions jamais pu faire auparavant, comme la mise en place d’un modèle de budgétisation par activité parce que les exigences en matière de données pour ce type de modèle sont très élevées, constate M. Harrison. Jamais nous n’en serions là sans avoir délaissé notre ancien système pour passer à PeopleSoft. Je crois que c'est un virage très important pour Queen’s. »

Il poursuit : « Parmi les avantages de ce modèle de budgétisation, il en est un qui est énorme : la création d’un forum – le comité consultatif du vice-recteur sur le budget. Tous les vice-présidents ou vice-recteurs, doyens et quelques chefs d'unités de services communs, y compris notre DPI [Bo Wandschneider], forment ainsi un groupe de discussion très vaste, à l'échelle de l'université. Ce comité a joué un rôle essentiel dans la préparation du nouveau modèle de budgétisation. Plus important encore, chaque année, toutes les grandes unités du campus présentent un projet de budget. Par exemple, Bo présente le budget des TI et décrit ce qu'il veut faire et les stratégies pour y parvenir. Ainsi, nous avons pu appuyer des dépenses qui, dans le passé, auraient été rejetées. »

M. Driver explique que, à l'Université Simon Fraser, ses collègues et lui s’engagent dans des processus de consultation de la même ampleur.

« Notre structure de gestion et de conseil comprend un comité sur les stratégies des TI, coprésidé par les dirigeants responsables de l'Enseignement, des Finances et de l’Administration, explique-t-il. Le DPI joue un rôle majeur dans ce comité – il dresse l'ordre du jour et donne des indications en matière de contenu. Le comité se compose d’utilisateurs – doyens, membres du corps professoral et administrateurs – et d’un ensemble de comités fonctionnels sur des questions comme l'informatique de recherche, l'activité administrative et les technologies d'apprentissage. Ces comités convoquent des personnes qui ne sont pas nécessairement des experts, mais qui connaissent les réalités du terrain et qui sont en mesure de donner des conseils pertinents au DPI et au personnel.

« Il faut avoir, sur le campus, des gens qui sont non seulement compétents sur le plan technologique, mais qui comprennent aussi le processus d'apprentissage, ajoute M. Driver. À l'Université Simon Fraser, nous avons un service des technologies de l'information qui relève du DPI, un centre d'enseignement et d'apprentissage doté de spécialistes des technologies de l'apprentissage et des membres de la faculté d'éducation qui font des travaux de recherche sur les technologies d'apprentissage. Cette combinaison de chercheurs et de membres du personnel capables de traduire les résultats de recherche pour les professeurs est très importante. »

Simon Fraser est en train de mettre sur pied un groupe de travail sur l'enseignement souple. Il a pour mandat de réfléchir aux aspects perturbateurs de la technologie ainsi qu’à la façon de les gérer et d’en tirer parti.

« Ce groupe de travail sera présidé par un universitaire, mais les services des TI seront très bien représentés, explique M. Driver. Il comptera également des doyens, des professeurs, des étudiants et des membres du personnel du centre d'enseignement et d'apprentissage. Nous essayons de faire en sorte que tous les groupes d’intervenants concernés participent en bon nombre plutôt que de penser seulement “techno”. Une telle approche tend à faire ressortir des choses qui ne relèvent pas de la responsabilité des services TI ou du DPI. Par exemple, pensons à l'espace physique. Maintenant qu’on accède à l’information par le Web et qu’on travaille à domicile, quel espace devons-nous prévoir sur le campus pour accueillir des élèves qui vont travailler différemment? D’ailleurs, à quoi ressemble la charge d'un professeur au XXIe siècle? Est-ce que nos politiques sont logiques sur le plan des heures d’enseignement en classe ou de disponibilité auprès des élèves? »

« L'innovation fondée sur des preuves »

Selon M. Harrison, cette vaste consultation vise, en partie, à ajouter de la rigueur académique aux décisions qui se prennent sur le campus en matière de TI.

« On parle de plus en plus d'améliorations technologiques fondées sur des preuves, déclare M. Harrison. Ce concept remonte à Carl Wieman, de l’Université de la Colombie-Britannique. Il espérait qu’un jour nous intégrerions le même degré de rigueur scientifique à l'apprentissage et à sa facilitation que celui que nous apportons, à titre d’universitaires, à nos recherches. L'innovation fondée sur des preuves, voilà précisément vers quoi il faut tendre… enquêter, examiner, avant d’aller de l’avant. Encore faudra-t-il suivre le rythme du changement et répondre de manière urgente à la demande accrue pour les services… tout un défi! »

Exemples de réussites

L'innovation technologique pose son lot de problèmes aux directions des universités, mais il est intéressant de noter qu'elle offre autant – sinon plus – de possibilités pour la croissance, le perfectionnement des processus et l'amélioration de l’enseignement et des expériences d'apprentissage.

« Canvas, notre système de gestion de l'apprentissage à source ouverte, est une des plus grandes réussites que nous ayons connues récemment, affirme avec conviction M. Driver. Avant d’arrêter la décision, nous avons mené une consultation incroyablement vaste, en particulier auprès des membres du corps professoral et, dans une moindre mesure, des étudiants. Le fait d’avoir consulté le milieu aussi amplement et réalisé des projets pilotes a conduit à un taux record d’adoption du système. Nous n'avons pas envisagé la question comme un problème technique, mais plutôt comme un projet sur ​​l'apprentissage. Nous avons consulté les services aux étudiants, la bibliothèque, le centre d'enseignement et d'apprentissage, les services des TI et nos experts de la faculté d'éducation. Nous avons vraiment beaucoup réfléchi à ce que nous essayions de faire en tant qu'éducateurs avec le nouveau logiciel; jusqu’à présent, c’est un immense succès. »

Selon M. Harrison, à l'Université Queen’s, les TI ont eu des résultats positifs dans plusieurs facultés.

« Depuis 20 ou 25 années, notre école de commerce a acquis beaucoup d'envergure et de notoriété. Elle fait appel à la technologie pour offrir une variété de programmes à divers publics. Ça fonctionne à merveille, se réjouit M. Harrison. Pour sa part, la faculté d'éducation, connue pour fournir un service très précieux à la communauté des enseignants, a adopté la plateforme exclusive Desire2Learn. Dans les deux cas, la technologie a permis à chaque faculté de faire ce qu'elle voulait. »

« La technologie au service de l'apprentissage offre de gigantesques possibilités, enchaîne M. Driver. Cela dit, la croyance commune qui veut que la technologie rende l'éducation moins coûteuse présente aussi un grand danger. C'est le problème qui se pose quand des gens hors du milieu universitaire se font une idée plutôt simpliste de l'enseignement – le simple fait de transmettre de l'information. »

I comme dans Information

À mesure qu’évoluent les technologies, la quantité d'information dont disposent les utilisateurs augmente de façon exponentielle. La difficulté consiste alors à trouver la manière d’utiliser les données disponibles pour améliorer la vie des utilisateurs sur le campus.

« Mark Roman [DPI de l’Université de la Saskatchewan] m’a d'abord fait remarquer que le “I” dans DPI désigne “Information” – et que, en fin de compte, tout est une question d'information, lance M. Harrison. La technologie est le mécanisme d’exécution, mais tout tourne autour de la collecte et du partage de l'information. Il faut se poser la question : comment établir un ensemble fiable d’axes prioritaires permettant d’utiliser une quantité limitée de ressources au mieux et au profit de l'établissement dans sa globalité? La technologie devient un outil. Le DPI doit être un véritable généraliste pour jouer pleinement son rôle – quelqu’un qui voit les TI comme l’élément central qui connecte entre eux tous les éléments de l'université. »